Aujourd’hui on doit donner notre réponse. Hier encore, j’étais chez une copine pour l’enterrement de vie de jeune fille de Manue. J’ai eu du mal à snober le vin blanc habituellement grand ami des mes soirées entre nanas. Du côté de la clope, pour le cacher, ça devient acrobatique. Je n’en suis pas très fière et à la fois, je n’en ai pas vraiment honte. En tout cas, j’ai passé le week-end à jouer la relou fatiguée, celle-qui-veut-pas-danser et même pas prête à faire tourner les têtes pour sa copine qui va se marier. Pas sympa la meuf ! Mais bien sûr, j’avais une bonne raison à ça. Le lundi précédent, après plusieurs années « mais oui, j’ai confiance, ça va marcher », on est allé voir la gynéco-gy-ne-dit-rien (dixit médecin très pointu médicalement parlant mais très retardé côté relations humaines) et on a apprit que la FIV avait très bien fonctionné. On attend trois bébés !
Les réactions de Madame le Docteur s’enchaînent très vite :
« - Maintenant que vous êtes enceinte, vous allez être suivie par un autre médecin ;
- Je dois vous proposer une réduction embryonnaire*, prenez rendez-vous pour lundi prochain afin de me donner votre réponse. Il faut que je le sache rapidement pour prendre les rendez-vous nécessaires. »
Et vlan, dans ta gue…
On rentre dans notre petite voiture de l’époque et là, en quelques secondes, tout s’enchaîne.
Je suis enceinte. Pour de vrai. Les cœurs battent, je les ai entendu de mes propres oreilles. Ça a enfin marché. On attend des triplés. Vous vous rendez compte, des triplés !
Le médecin nous a annoncé une grossesse risquée. Pour une grossesse triple : les enfants sont prématurés dans 90% des cas. Ils sont grands prématurés dans presque 10% des cas (naissances avant 28 semaines). Et il y a l’après : une fois que les enfants naissent. La famille qui devient nombreuse en moins de neuf mois, les dépenses liées à la naissance d’enfants multiples, les aides possibles, l’entourage, le travail…
A cela s’ajoute, le fait de mener une grossesse triple. Malheureusement, dans environ 27% des cas, il y aura une perte de l’un ou de l’ensemble des embryons avant la 20ème semaine.
Je déteste les statistiques. Je déteste ne pas être maître de la situation et comme beaucoup, je déteste avoir peur.
Là, j’ai peur. Je suis inquiète. Je ne suis pas capable de vivre encore ça. Encore un réveil cauchemardesque avec les pleurs qui accompagnent ma voix tremblante pour dire à SpiderMari (parce que dans c’est moment c’est mon mari plus que SpiderPapa) que c’est fini. Trop de fausses couches, trop de galère. Cette fois ils sont là, ils restent. La vie doit être un peu juste !
L’après ne nous a jamais fait peur.
En tout cas, ça y est, la décision est prise et nous allons nous prononcer. Pas beaucoup de suspens. Je suis maman de triplés ! Tout le monde ici le sait ! Après une discussion assez rapide, on est vite tombé d’accord. A l’époque, on avait décidé de faire ce choix sans en informer nos proches. Les avis concernant la réduction embryonnaire sont tellement variés que nous préférions nous fier à notre avis de couple. Mais bien sûr, ce n’est que notre choix et chaque famille, chaque couple a sa façon de pratiquer.
Pour nous, le choix concernant la réduction embryonnaire c’est comme : la question de l’avortement, l’autorisation de la peine de mort, l’euthanasie, sa couleur favorite de jean. Bref, tout le monde à son avis sur la question et des arguments très valables à proposer.
Ah si, nous en avons parlé à une personne ! Nous sommes une famille pratiquante. Ça veut tout et rien dire. Disons que nous avons des pratiques quotidiennes incompréhensibles par beaucoup d’autres qui nous sont guidées par une « chose » qu’on appel la foi.
Du coup, nous nous sommes interrogés sur la réglementation juive concernant la réduction embryonnaire. Nous en avons donc parlé à un Dayan (traduction « juge des pratiques religieuses ») qui nous a dit la chose suivante : « dans le cas où la grossesse multiple peut attenter à la vie de la mère ou des autres embryons, une réduction embryonnaire peut-être envisagée. Il faut le faire préférablement avant la 5ème semaine de grossesse. »
Dans les faits : une grossesse triple ou plus peut être vitale pour la mère ou pour les autres embryons. Des maladies connues chez la mère peuvent aider à déceler les risques. Pour les enfants, le risque de prématurité est réel avec tout ce que cela engendre.
Il y a donc les faits…et il y a le cœur. Ce cœur si propre à chacun. Ce cœur qui vous pousse à épouser un homme à 21 ans du jour au lendemain. Ce cœur, qui vous fait vivre dans une région où on se retrouve seule ; ce cœur qui nous fait prendre ces traitements en continuant à y croire chaque mois. Mon cœur, j’apprends à vivre avec chaque jour. Chaque joie colmate mes peines sans pour autant s’offrir un vrai lifting. Avec SpiderMari, on a fait des choix dans notre vie. Des choix qui ne sont pas faciles, des choix qui engendrent de grands changements. Une fois de plus, avec la réduction embryonnaire, on a fait un choix. Depuis le début nous sommes sûrs de notre décision. Et c’est toujours le plus simple « d’être sûr » !
Dès fois, les choix sont complexes, mais surtout, ils appartiennent à chacun avec leur cœur, leur vie, leur pansement. Quelque soit la décision, il y aura des moments difficiles. Je ne le cache à personne, la vie avec des triplés c’est extraordinaire mais ce n’est pas un bonheur hallucinant de chaque instant. Je défi quiconque de me dire qu’il a adorait la phase « gastro, je coule de partout x 3 » ! Dans ces moment là, mon tempérament « scato-rigolo » est en berne.
Je crois, très humblement, que le meilleur choix est de se faire accompagner dans sa démarche et de savoir d’avance que les grands choix ont de grandes conséquences. Un peu bateau comme fin mais j’espère juste.
*«La réduction embryonnaire consiste à supprimer un ou plusieurs embryons en cas de grossesses multiples. La réduction embryonnaire est légalement autorisée.» Information trouvée sur le site incontournable de l’Association Jumeaux et plus
La réduction embryonnaire est uniquement proposé aux grossesses de haut rang et très haut rang (3 embryons ou plus)
La réduction des grossesses gémellaires à des grossesses uniques ne se pratique que pour des raisons médicales qui rendent une grossesse gémellaire dangereuse pour la mère (maladie cardiaque par exemple) ou du fait du risque d’accouchement très prématuré (utérus mal formé, syndrome Distilbène …)
Le SPIDERPLAN des SPIDERPARENTS
Cette fois, je change les règles du jeu. Je vais vous donner un peu de lecture. Voici quelques textes sur lesquelles je me suis appuyée.
> Voir dans la rubrique en cliquant ici: DOCUMENTATION
> Concernant les religions et la Réduction Embryonnaire:
Le Catholicisme et la réduction embryonnaire
L’Église Orthodoxe et la réduction embryonnaire
Le Protestantisme et la réduction embryonnaire


